De Kara à Lomé les femmes handicapées deviennent des moteurs d’inclusion et de transformation sociale
Elles ont décidé de ne plus attendre que les choses changent. Les femmes handicapées ont pris la parole, organisé, formé, sensibilisé. Deux villes, une même vision : celle de femmes qui refusent d’être perçues à travers leur handicap et qui s’imposent comme des actrices de transformation sociale.
Le 13 octobre à Kara, le Club Communautaire de Citoyenneté (CCC) local, sous la coordination de Madame Lemou, bénéficiaire du projet Naataann, a ouvert un espace de dialogue autour d’une question plus qu’importante : « Et si on repensait la place des femmes handicapées dans le tissu social ? »
Avec l’aide des jeunes leaders et membres du réseau Watch de cette région, cette rencontre a abordé le droit, l’emploi, l’éducation, la dignité. Mais surtout, elles ont parlé du regard : ce regard social qui, plus que le handicap, enferme et limite. À travers leurs mots, une idée s’est imposée : repenser la place des femmes handicapées, c’est repenser l’humanité tout entière. Une quinzaine de personnes ont pu participer à cette discussion enrichissante.

Zanguéra, là où les chefs traditionnels ont été convaincus par l’initiative
Deux jours plus tard, à Zanguéra, à la périphérie de Lomé, d’autres femmes, elles aussi en situation de handicap, ont pris le relais. Sous la bannière du projet Naataann, mis en œuvre par le CDFDH avec l’appui du Direct Aid Program du Haut-Commissariat d’Australie à Accra et l’appui techinique de la FETAPH, elles ont rassemblé plus de 35 hommes et femmes pour une sensibilisation sur leurs droits civiques et juridiques.
Cette fois, le thème choisi était : « Les droits des femmes handicapées : réalité ou illusion ? ». Cette sensibilisation s’avère indispensable dans un contexte où, au quotidien, ces personnes sont fréquemment victimes de discriminations multiples et voient leurs droits fondamentaux bafoués, notamment en matière d’inclusion sociale, d’accès aux soins de santé, à l’éducation, à la formation et aux opportunités économiques.
« Les personnes en situation de handicap appartiennent aux groupes vulnérables et devraient bénéficier des mêmes droits que tous », a rappelé Edem Kodjo Aokou, membre du réseau des défenseurs des droits humains Watch et représentant du CDFDH. « Pourtant, leurs droits sont souvent violés. L’enjeu est de changer cela, à travers l’éducation et l’engagement communautaire. »
Cette mobilisation n’a pas seulement rassemblé des femmes. Des chefs traditionnels, des autorités locales, des enseignants, des pairs éducateurs et des jeunes étaient présents, preuve que l’inclusion ne se construit pas seule, mais ensemble. D’ailleurs, le chef traditionnel Togbui Govi a salué cette initiative et encouragé vivement qu’elle se reproduise dans tous les recoins du pays.
Parmi les témoignages marquants, celui de Gnami Péléyi a particulièrement touché l’auditoire. Longtemps, l’ignorance de ses droits l’avait réduite au silence. « Aujourd’hui, je sais que ma voix compte. Je me bats désormais pour que justice me soit rendue, avec l’appui de l’assistance juridique offerte par ce projet », confie-t-elle avec assurance.
Cette mobilisation à Zanguéra marque un pas important vers une société plus inclusive, où la voix des personnes handicapées trouve enfin écho. L’engagement des autorités locales, des chefs traditionnels et des acteurs communautaires témoigne d’une volonté partagée de faire bouger les lignes. De Kara à Lomé, elles veulent qu’on les écoute, qu’on les voie, qu’on leur donne la place qu’elles méritent.
Le projet Naataann du CDFDH n’a pas seulement créé des espaces d’échange ; il a semé quelque chose de plus profond : l’espoir d’un Togo où la différence ne marginalise plus, mais enrichit. Cette initiative sera bientôt menée dans d’autres régions comme Dapaong, Tsévié et ailleurs.
